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CONFERENCE DE PRESSE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE IDRISS DEBY ITNO, CHEF DE L’ETAT, ACCORDEE A LA PRESSE NATIONALE LE 11 Août 2009
Mesdames, messieurs les journalistes,
A l’occasion de la célébration du 49ème anniversaire de notre indépendance, j’ai voulu vous rencontrer pour échanger avec vous sur les sujets touchant la vie nationale.
Cela fait bientôt un demi-siècle que nous avons acquis l’indépendance. C’est le lieu de rendre un vibrant hommage à ceux et à celles qui ont marqué la marche du peuple tchadien vers sa liberté et son indépendance. Malheureusement très tôt, le Tchad n’a connu que des troubles politico-militaires qui ont lourdement retardé son développement politique, économique, social et culturel. Aujourd’hui encore, le peuple tchadien a payé un lourd tribut dû aux multiples agressions par mercenaires interposés qui sont entretenus et soutenus par le régime de Oumar Hassan El Béchir.
C’est aussi le lieu d’avoir une pensée pour tous ceux qui ont consenti le sacrifice suprême pour notre liberté, notre indépendance chèrement acquise et d’avoir une pensée spéciale pour nos vaillantes forces de défense et de sécurité qui bravent quotidiennement les intempéries et les privations de toutes sortes pour défendre notre intégrité territoriale.
En dépit de ces multiples contraintes imposées de l’extérieur, le Tchad a réussi l’exploitation de son pétrole depuis 2003. Les recettes générées ont permis de lancer un vaste programme de développement socio économique de notre pays dans les différents secteurs prioritaires notamment les infrastructures routières, administratives, socio sanitaires, socio éducatives, socio sportives, les logements etc.…
Des efforts d’investissements importants ont été également déployés dans les secteurs de l’élevage, de l’agriculture, de l’environnement, de l’hydraulique villageoise, pastorale et urbaine. Les secteurs des télécommunications, de la communication audiovisuelle satellitaire font aujourd’hui la fierté des Tchadiens de l’intérieur comme de l’extérieur. Des efforts importants ont été réalisés en matière de la gouvernance sécuritaire, de la gouvernance politique et du recrutement des jeunes à la fonction publique.
A mi-parcours, nous pouvons dire que le quinquennat social est une réussite ; à moins de faire preuve de cécité et de mauvaise foi. Les réalisations obtenues sur les six dernières années sont palpables et significatives. Il faut également noter que depuis 1990, la démocratie est une réalité dans notre pays. La libéralisation de la vie politique a permis la création de plus de 120 partis politiques, l’éclosion des associations de la société civile et de la presse libre sinon la plus libre dans la sous-région.
S’agissant de la gouvernance politique, l’accord du 13 août 2007 est le résultat du dialogue politique entre la majorité présidentielle et l’opposition démocratique ayant abouti à l’adoption de plusieurs textes législatifs et à la mise en place de la CENI. Ce dispositif législatif permettra d’organiser des élections démocratiques, libres et transparentes. Aujourd’hui, tout le monde reconnait que le Tchad a fait un grand saut en avant grâce à l’utilisation judicieuse des recettes pétrolières par la réalisation de multiples projets de développement socio-économiques, culturels dans notre pays.
J’invite la communauté internationale à se joindre aux efforts de développement du peuple tchadien en vue de l’amélioration de ses conditions de vie.
Mesdames, messieurs les journalistes, je vous remercie et je suis à votre entière disposition pour répondre à vos questions.
Journal Le temps : Monsieur le Président, les choses ne semblent pas trop bouger pour faire la lumière sur la disparition de certaines personnes, notamment d’Ibni Oumar lors des agressions de février 2008. Que pouvez-vous faire pour avancer le dossier ?
IDRISS DEBY ITNO : Je crois que les Tchadiens dans leur ensemble gardent de mauvais souvenirs de ces dates des 1er, 2 et 3 février 2008. Combien de Tchadiens sont morts au cours de cette agression ? En plus des vies humaines, il y a eu de nombreuses destructions des symboles de l’Etat.
Vous devez vous souvenir de toutes les démarches que le gouvernement a menées pour faire la lumière sur les conséquences désastreuses de ces agressions de février 2008. Il faut attendre les conclusions des magistrats en charge du dossier.
Pour l’heure, je ne peux pas accuser tel ou tel groupe. Donc, je vous conseille la patience. Faites confiance à la justice de votre pays. Elle doit travailler en toute indépendance. J’ai répondu à cette question à plusieurs de vos confrères. Entre les 1er, 2 et 3 février, nous avons perdu plus de 700 Tchadiens. Aux yeux de certains, ils ne valent rien, mais pour moi, en tant que Président de la République, ils sont tous égaux, ils me sont chers. Je crois que c’est comme ça qu’il faut comprendre les choses.
Radio FM Liberté : Dans votre liminaire, vous avez fait allusion aux différentes rébellions qui ont joué sur le cours de la vie politique de notre pays. Dans votre lancée de la recherche de la paix, vous avez développé la politique de la main tendue. On a comme l’impression que cette politique de la main tendue favorise ou contribue plutôt à la création de nouvelles rébellions parce que ceux à qui vous tendez la main conditionnent leur retour par la promotion à des postes de responsabilité. N’y a-t-il pas d’autres méthodes pour pouvoir régler la crise politico-militaire que ces récompenses ?
IDRISS DEBY ITNO : Je gère un lourd passif. Vous êtes des Tchadiens. Vous connaissez l’histoire de votre pays. Le premier coup de feu a été tiré au Tchad en 1963, à tord ou à raison, et depuis lors, les rébellions se sont multipliées. Comme vous le dites, la rébellion est devenue la voie la plus facile pour assurer sa vie. L’arme est devenue le moyen le plus approprié et le plus facile pour vivre. C’est une idée qu’on a inculquée à la jeunesse tchadienne.
Ce que vous dites est exact. Est-ce que nous devrions continuer de donner un bonus à la rébellion, en violation de la constitution ? Est-ce que nous devrions arrêter de donner un bonus à la rébellion ? Ma position est très claire : j’ai toujours dit que je n’ai pas de bonus à donner à une rébellion. Il y a des Tchadiens qui travaillent et qui vivent du produit de leur sueur loyalement.
Je voudrai citer les cadres, les hommes politiques, les paysans, les agriculteurs, les éleveurs et autres commerçants. Il y en a qui trouvent des moyens plus faciles pour accéder à des postes de responsabilités et avoir des moyens. Dans vos colonnes, qu’est-ce que vous n’écrivez pas ? Vous nous demandez la table-ronde, le dialogue inclusif. Avec qui vous voulez faire le dialogue inclusif ? Là aussi, il ya la part de responsabilité de chacun de vous et de chaque Tchadien.
Les autres pays ont aussi une histoire malheureuse après les indépendances, mais ils ont su par un sursaut national se rattraper et se lancer dans le développement. Nous, on est utilisé par des pays. Ce que les gens ne comprennent pas, l’histoire du Tchad, c’est çà. Elle se répète. Je ne veux pas parler des années 70 et 80. Comparez ces années, vous-mêmes, par rapport à ce que nous vivons aujourd’hui.
N’oubliez pas que la rébellion a été créée en 1965 à Nyala au Soudan. Ce sont les autorités soudanaises qui ont développé la rébellion au Tchad avant de passer la main, après, à la Libye. Maintenant, c’est au tour du Soudan d’utiliser les Tchadiens contre leur propre pays, contre leurs propres parents. A quand alors une éducation de l’amour du pays ? A quand le Tchadien va se déterminer et dire par des convictions profondes que je ne veux plus être utilisé par un pays étranger contre mon pays ? Aidez-les ! Vous êtes des journalistes.
Ecrivez, parlez, sensibilisez-les : c’est votre rôle. C’est des parias, des mercenaires. Comment comprendre que des gens qui se disent Tchadiens viennent prendre le pouvoir dans leur propre pays, brûler tout ce qui est symbole de la démocratie y compris, la radio nationale ? Il y a la légion islamique qui s’est jointe à ces mercenaires pour déstabiliser le Tchad. Heureusement, il y a des Tchadiens qui, conscients de ce danger, ont payé un lourd tribut pour que nous soyons ensemble aujourd’hui en train de parler du Tchad.
Radio Lotikoh :Nous vivons à l’intérieur du pays une situation d’insécurité qui entrave le développement. Des personnes de mauvaise foi braquent les villes et les villages pour arracher les biens des paisibles populations.
IDRISS DEBY ITNO : La situation sécuritaire de notre pays ne date pas d’aujourd’hui et cela est dû à la conjonction de plusieurs facteurs. Le premier facteur, c’est l’entrée massive des armes dans notre pays. Depuis les années 70 jusqu’à nos jours, personne n’en a eu la maîtrise.
Des armes de guerre sont détenues par des gens qui n’ont pas le droit d’en avoir. Deuxièmement, certains Tchadiens estiment que c’est plus facile de vivre en possédant des armes que de travailler et vivre du produit de sa sueur. La question de l’insécurité est une question préoccupante certes, mais relativisons les choses. Regardez tout autour de vous qu’est-ce qui se passe, et regardez aussi ce qui ce passe à travers le monde.
Il n’y a jamais eu dans aucun pays du monde, quelque soit les moyens qu’il mettra, une insécurité zéro. Nous avons depuis deux ans monté en puissance les forces de sécurité intérieure à savoir la police, la gendarmerie et la garde nationale et nomade du Tchad (GNNT). Nous avons beaucoup investi sur le matériel. Nous avons recruté un millier de policiers et sept cent (700) gendarmes. Evidemment, le pays est large. Dans toutes les régions, les populations ont besoin d’être sécurisées. Les efforts vont continuer dans ce sens.
A l’image des brigades en charge du désarmement et de la protection de l’environnement, le gouvernement va mettre en place une structure assez importante qui va parcourir l’ensemble du pays pour sécuriser davantage nos populations. Il appartient aussi aux chefs traditionnels d’aider l’administration et les forces de sécurité afin de débusquer ceux qui détiennent illégalement des armes. Au niveau de notre frontière Est, nous avons pris toutes les dispositions nécessaires pour stopper les incursions. A cause de l’insécurité créée par les Djandjawids et les mercenaires à la solde du Soudan, l’on a dénombré 180.000 déplacés Tchadiens. Il n’y aura plus d’incursions.
Journal Le Progrès : Monsieur le Président, malgré l’exploitation du pétrole, l’agriculture et l’élevage demeurent les deux mamelles de l’économie. Les denrées alimentaires sont soit de plus en plus chers soit rares par endroit. La famine a déjà décimé de milliers de bovins. Le projet Team 9 qui devrait participer à la transformation du produit agricole est au-delà de sa mise en œuvre. La carence d’électricité freine le développement. Vers où est en train de cheminer l’économie tchadienne, Monsieur le Président, en ce moment où vingt quatre mille diplômés sont en train de frapper à la porte de la fonction publique ?
IDRISS DEBY ITNO : Ne soyez pas si pessimiste. Vous noircissez tout. Le premier bateau est parti sur le marché international le 10 0ctobre 2003. Nous avons démarré modestement avec une production journalière de 60.000 barils. Cela ne représente pas grand chose par rapport aux besoins du pays. Ce n’est qu’en 2006 que nous avons atteint une production de 210.000 tonnes par jour. Notre production a connu aujourd’hui une chute.
Ajouter à cela, la chute du prix du baril, l’augmentation du coût du transport, la crise économique financière mondiale. A votre place, je ne dirai pas que le Tchad est un pays pétrolier. Les pays pétroliers sont les pays qui pompent par jour entre 500, 1.000.000 et 2.000.000 de barils par jour. Avoir 100.000 barils par jour sur lesquels vous n’avez que 12,5°/° ne représente pas grand chose. Nous avons mis des structures transparentes dans la gestion de ce que vous appelez la manne. Il n’ya pas que l’agriculture et l’élevage. Tous les secteurs sont importants. Il faut comparer les indicateurs de développement des années 90 à ceux actuels.
Concernant l’énergie, là aussi, des efforts ont été faits. Les machines que nous avons trouvées en 1990 datent de 1960 et ne produisent que 5 mégawatts. Aujourd’hui, la ville de N’Djamena a grandi : les besoins en électricité sont extrêmement importants. Pour les besoins réels de la ville de N’Djamena aujourd’hui, il ne nous faut pas moins de 100 mégawatts. Vous êtes au courant des investissements lourds que nous avons débloqués dans le secteur de l’énergie. D’autres investissements sont prévus.
Nous avons aussi beaucoup parlé des chutes de Ghautiot dont des études ont été effectuées entre 1966 et 1967. Avec l’Union européenne, nous sommes en train de relancer cet ancien projet. Notre sous-sol regorge de potentialités. Avec la découverte du gaz dans la région du Lac, nous avons une énergie de substitution. Dans les années à venir, nous devons mettre l’accent sur l’utilisation du gaz en matière d’énergie.
S’agissant de la vie chère, je ne dis pas que la vie n’est pas chère. Le gouvernement a pris un certain nombre de mesures en fixant les prix des produits de première nécessité. Faites la comparaison des prix actuels par rapport aux prix du même mois l’année dernière. Le gouvernement fera de telle sorte que ces décisions soient appliquées le plus rapidement possible par les commerçants. Il faut attaquer le mal par la racine.
Nous sommes en saison des pluies et vous voyez ce que font les commerçants : à l’intérieur du pays, ils payent cash, et à vil prix au détriment des consommateurs, un champ cultivé, semé qui n’est pas encore récolté. C’est ce qui est en train de se faire et c’est inadmissible que, de la manière la plus méchante, des Tchadiens affament d’autres Tchadiens. Le gouvernement doit frapper dur pour arrêter cette méthode qui relève d’un autre âge et qui est basée rien que sur du profit.
A propos du pâturage, nous constatons sur le terrain qu’il ya surpâturage et trop de bétail, mais la vie des éleveurs n’a pas beaucoup évolué. Vous savez combien de têtes de bétail sortent quotidiennement du Tchad en direction du Nigeria ? Pas moins de 40.000 têtes. C’est pourquoi, le gouvernement a monté le projet du plus grand abattoir pour permettre au Tchad d’utiliser les sous-produits de la viande, afin d’exporter de la viande mais pas de bétail sur pied.
La Fonction publique comptait environ 22.000 agents dans les années 90 ; aujourd’hui, nous avons dépassé le cap de 100.000 agents. Il y a des besoins réels dans certains secteurs comme l’éducation, la santé. Dans d’autres secteurs, le recrutement se fait à la demande des départements concernés. La Fonction publique ne doit pas être le seul point de chute de tous les diplômés du Tchad. Il faut développer le secteur privé afin qu’il puisse aussi embaucher les jeunes Tchadiens.
Nos recettes hors pétrole qui se chiffrent à 200 milliards de francs CFA sont entièrement consacrées aux salaires. Le jour où nous n’aurons plus du pétrole qu’allons-nous faire ? Ne nous faisons pas d’illusions. Il y a des secteurs que nous devons renforcer. Le gouvernement peut aider les jeunes diplômés par l’octroi des crédits ou micro-crédits. Ainsi, beaucoup de jeunes pourront s’installer à leur propre compte s’ils montent bien leur dossier. Nous devons durement travailler car les réalités sont là.
Il n’est pas normal qu’on dise qu’il y a la famine dans un pays comme le Tchad parcouru par des fleuves, des lacs, de l’eau à fleur du sol. Il faut que les gens travaillent. Entre nous, messieurs les journalistes, combien parmi vous ont des champs ? Il ya des cadres qui ont osé et qui ont réussi. Sous d’autres cieux, nous devrions être des exportateurs des produits de première nécessité comme le riz, le maïs et autres. Je nourris très sincèrement cette ambition de voir le Tchad exporter son riz dans les cinq prochaines années. Il faut accompagner l’action par la sensibilisation : vous avez votre rôle à jouer.
ONRTV : Par rapport à l’environnement, le Tchad est menacé par le désert qui avance à grand pas. Des mesures ont été prises par le gouvernement, cependant, des mesures d’accompagnement ne sont pas disponibles.
IDRISS DEBY ITNO : L’avancée du désert n’est pas une découverte de 2008.Au temps de Tombalbaye, la semaine nationale avait été initiée pour parer à cette avancée du désert. Depuis lors, qu’est-ce qu’on a fait ? Chaque année, on a une semaine. Des plants sont mis en terre et on passe. Cette manière de faire est folklorique. L’environnement doit être la préoccupation du peuple tchadien parce qu’il n y a pas de vie sans environnement.
Que les Tchadiens sachent que le Tchad est un pays sahélien, menacé par le désert. D’ailleurs, le 1/3 du pays est déjà occupé par le désert sinon plus. Le Lac-Tchad disparaîtra dans quelques années si l’on ne prend pas garde. Les méfaits de l’avancée du désert combinés à l’action de l’homme sont deux élément dévastateurs de l’environnement.
Nous devrons lancer de grands programmes de protection de l’environnement. Je sais que je suis critiqué au sujet de la coupe du bois vert. A cause du désert, certaines villes sont en train de disparaître. A Faya, des quartiers entiers sont engloutis par le sable. Les villes de Fada, Biltine, Abéché ne sont pas épargnées par le danger. Nous devons préserver l’écosystème. Le gouvernement, avec l’appui des partenaires, mènera des actions concrètes pour arrêter le désert dans les régions sensibles.
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