DISCOURS DE SON EXCELLENCE, MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE SUR LAGRICULTURE ET LA SECURITE ALIMENTAIRE (Malabo le 26 Juin 2014)
Monsieur le Président de la République, suite à la conspiration du 1er mai 2013, des députés ont été arrêtés. Ensuite, des journalistes lont été également. Cela a fait dire à certains hommes politiques quil y a eu recul de la démocratie et de la liberté dans notre pays. Que répondez-vous à ceux-là ? IDRISS DEBY ITNO : Je pense que jai déjà répondu une fois à cette question, je ne sais pas à quelle occasion. Toutefois, vous avez évidemment pris connaissance que jétais à lintérieur du pays. Dès mon retour, javais réuni la classe politique ici, à la Présidence, pour leur donner linformation qui ma été livrée par le Premier ministre, après mon retour sur ce qui sest passé. Les mots ont leur importance. On a parlé de coup dÉtat, de ceci, de cela Cela a, peut être, une forme de conspiration, à limage de ce qui sest fait ailleurs, tel que le printemps arabe, mais je ne crois pas quil y ait eu un coup dÉtat. Je nai pas été au-delà, car avant que je ne rentre, la question a été déjà déposée au bureau du Procureur de la République qui est une institution indépendante, un pouvoir indépendant, qui a un rôle extrêmement important à jouer. Vous, les journalistes, vous avez aussi un rôle à jouer. Vous avez un pouvoir. Peut-être quun jour vous serez le premier pouvoir. Ce nest pas impossible ! (rires). Ce quil faut dire, il faut se demander, en réalité, en lisant vos journaux, en écoutant les journalistes des radios privées, on parle souvent et beaucoup de limpunité. Arrestation de quelques journalistes, il y a une levée de boucliers. Cest comme si au Tchad, il y a deux catégories de gens : des gens qui doivent, évidemment, être jugés pour des fautes ou des comportements qui ne sont pas conformes à nos textes, et des gens qui doivent être épargnés totalement de cela. Alors, quest-ce quon veut ? Si on veut réellement la paix et la stabilité dans notre pays, il faudra que chacun joue son rôle. Moi, lExécutif, je joue le rôle de lexécutif, le pouvoir judiciaire joue son rôle de pouvoir judiciaire et les autres institutions (Assemblée nationale, Cour suprême ) doivent jouer les leurs. Pour la première fois dans son histoire, le pays est aujourdhui doté dinstitutions fortes et crédibles qui ont montré, pendant presque deux décennies, leurs capacités à apporter leurs contributions pour sortir le pays de la situation difficile quil avait connue. Donc, il y a un choix à faire. Si nous voulons la paix sociale dans notre pays, il faut laisser la justice jouer son rôle de bout en bout. Ce nest pas moi, IDRISS, qui vais minterférer dans les affaires judiciaires. Je ne lai pas fait et je ne le ferai jamais, même par lintermédiaire de quelquun. Je le dis du fond de mon cur, et je crois à ce que je dis. Jestime que ce sont des gens qui sont assermentés, ils ont choisi dêtre magistrats. Donc, parlant de la paix sociale, il va de soit que si vous navez pas une justice crédible dans votre pays, vous naurez pas la paix. Et si vous ne laissez pas la justice jouer son rôle, il ny aura non plus la paix. Un exemple que je rencontre souvent dans les pages des journaux que je lis : on sen prend, en partie, à un citoyen pour rien de tout. Ce citoyen doit aller où ? Chez le magistrat justement. Sinon, il cherchera à se faire justice et cest la violence. Donc, le fait que lensemble des problèmes qui concernent la marche de notre société, quelque soit la gravité, soient laissés à la justice, est un gain important pour nous, pour notre pays et pour la crédibilité de notre justice. Je ne dis pas que ces gens là ont fait quelque chose. Je nai aucun élément, tout comme je nai aucun élément pour dire quils nont pas fait quelque chose. Il appartient à la justice de faire le plus rapidement possible son travail et de rendre public son verdict. En attendant, choisissez une chose : limpunité ou la paix sociale. Si vous voulez la paix dans notre pays, encouragez nos magistrats à rendre une justice juste, une justice qui contribue à la paix et au renforcement de la démocratie, une justice qui rapproche les Tchadiens. Dieu vous a donné cette chance et il faut beaucoup le remercier pour nous avoir donné cette chance de vivre en paix, dans un environnement que vous connaissez très bien, peut-être que cest parce que nous avons connu, dès les premières heures de lindépendance et pendant longtemps, des troubles, des désordres, des déchirements et autres. Il a fallu travailler et sensibiliser longtemps pour faire en sorte quon revienne aujourdhui à cette stabilité. Vous êtes très jeunes, mais certains dentre vous doivent se rappeler que dans les années 70, on a parlé du Tchad comme un État néant. Donc, on est sorti de lÉtat néant pour arriver aujourdhui à un État crédible avec qui il faut compter. Et cest le fait de tous les Tchadiens. Chacun à apporter sa contribution pour arriver à cela. Donc, il faut préserver cette paix, cette stabilité, lunité retrouvée et la cohabitation pacifique. Ce sont des éléments qui permettent à un pays, qui a de grandes ambitions, de les réaliser. Quand on parle de pays émergent, ce sont des ambitions. Ce nest pas un mot vide de sens. Et ces ambitions, chaque Tchadien doit les porter dans le cur et en être concerné. Et nous ne pouvons atteindre nos ambitions que dans la paix, la stabilité et la cohésion nationale. Je souhaite que la justice fasse rapidement la lumière sur les cas des hommes politiques et des journalistes arrêtés, de manière à ce que nous sachions, moi et vous, quest-ce qui sest passé. Conspiration ou pas, cest vrai ou cest faux ? Cest aux magistrats de nous le dire. Monsieur de Président, Vous dites quil faut laisser la justice faire son travail. On constate une série daffaires contre votre opposition. Mata-Léré, avec laffaire Kebzabo qui a, aujourdhui, maille à partir avec la justice. Avant ça, il faut signaler larrestation du député Gali et laffaire du 1er mai que vous venez de rappeler. Au fond, quest-ce qui peut expliquer ce raidissement contre lopposition ? Est-ce que laffaire Kebzabo nest pas une affaire de trop ? IDI : Vous avez parfaitement raison de demander si ce nest pas une affaire de trop ? Vraiment, cest une affaire de trop, on na pas besoin de cela. Nous avons à nous occuper dautres choses sérieuses, nous avons du travail sérieux à faire. Si on est arrivé à la situation actuelle, cest par la force des choses. Demandez à leurs collègues députés à lAssemblée nationale. Mais tout passe par là, il y a un débat libre et démocratique au sein de lAssemblée nationale. Chacun peut poser nimporte quelle question au gouvernement, quand il veut, comme il veut. Il ny a aucune question taboue. Donc, laffaire Kebzabo et autres, ce sont des accidents qui arrivent et il faut les prendre comme ça. Dans la vie, des accidents arrivent et passent. Moi, je les prends comme ça. Mais il ny a pas du tout une chasse à lopposition. Jamais ! Lopposition a sa place aujourdhui. Rappelez-vous, quand nous avions mis en place laccord du 13 août 2007, beaucoup ny croyaient pas. Mais cet accord a donné un résultat positif. Dabord, laccord politique nous a sortis vraiment dune situation confuse et la clarifiée. En plus, nous ne nous sommes pas arrêtés là. Nous avions dit quil faut continuer, puisquil a donné des résultats. Jai personnellement demandé quarrivé à terme, cet accord soit remplacé par un autre pour permettre davoir un dialogue continu entre le pouvoir et lopposition qui doit jouer son rôle. Vous parlez souvent de la CPDC (Coordination des Partis politiques pour la défense de la Constitution). La CPDC est composée de plusieurs partis politiques. Dans les textes qui accompagnent le nouvel accord qui prendra effet à partir de la signature de promulgation de la loi, il y a des partis membres de la CPDC. Je pense quil faut que les gens sachent poser la question clairement. Notre frère Saleh Kebzabo veut simposer comme chef de file de lopposition. Mais cest à lopposition daccepter de le prendre comme chef de file ! Il y a un texte que le gouvernement doit prendre et qui permettra de connaître le rôle du chef de file, ainsi que le cadre réglementaire, etc. Mais ce nest pas au pouvoir dinstaller un chef de parti politique comme président des autres partis politiques. Cest ce quon me demande et je ne peux pas le faire. Je nai pas cette autorité. Revenons à des rêves plus porteurs pour notre pays. Ne faites pas de petits problèmes des gens ou des comportements individuels des questions importantes. Je pense que les questions qui intéressent les Tchadiens sont celles liées au développement, à leur vie de tous les jours et lavenir des enfants qui interpelle le gouvernement. Je pense quon perd le temps en répondant à des petites questions de ce genre. Il ne faut pas personnaliser. Il faut globaliser les choses et poser des questions pertinentes auxquelles lopinion sattend. Je recommanderais à chacun de vous de poser librement des questions importantes, sans quon ne perde du temps sur de petites questions qui nont pas de sens et qui concernent une personne. Cest la vie de la Nation et de tout le peuple tchadien qui est importante et qui est essentielle. Et pour autant, je nai absolument rien contre Monsieur Saleh Kebzabo. Je vous assure que je lai reçu dans mon bureau, avant que je ne parte pour mes vacances à Am-Djarass et nous avons échangé sur la question de chef de file. Je ne peux pas limposer, lui, comme chef de file comme ça. Cest à lopposition de trouver son chef de file. Le Procès Hissein Habré est désormais un acquis et lopinion nationale et internationale, notamment les victimes, note avec satisfaction les efforts que vous ne cessez de déployer pour que ce procès ait effectivement lieu. On citerait par exemple la contribution du Tchad à hauteur de 2 milliards de franc CFA qui fait de notre pays lun, sinon le plus grand contributeur pour ce procès. Alors, politiquement parlant, quattend le gouvernement tchadien à lissue de ce procès ? Une condamnation judiciaire de Hissein Habré, le dédommagement des victimes ou une réconciliation entre les Tchadiens, avec notamment le retour au pays de lex-dictateur ? Les statuts des chambres spéciales africaines disposent quaucune personnalité ne peut se soustraire à ces chambres en se prévalant dune quelconque immunité. On dit toujours que vous aviez été un des proches du régime de Habré, surtout que vous aviez été son Chef dÉtat-major pendant la terrible période de 1984. Vous avez toujours avoué que vous avez agi en tant que militaire. Est-ce quen lisant entre les lignes de ces dispositions des statuts des chambres spéciales africaines, vous ne craignez pas quun jour, ce soit un piège qui puisse se refermer sur vous ? IDI : Merci davoir posé cette question. Même si vous ne la posiez vous, beaucoup de Tchadiens pensent ainsi. Je pense que Kebzabo ma doigté comme un acteur principal des affres du régime Habré. Commençons dabord par la question du jugement de Habré. Je tire mon chapeau à la société civile. Elle a vraiment travaillé. Certainement, nous lavons aidée. Vous vous rappellerez quen 1993, jai envoyé le Ministre de la Justice du Tchad à Dakar où il a fait deux mois. Nous avions, en son temps, interpellé lOUA et, ensuite, lUnion africaine, à maintes reprises, pour que justice soit rendue. Ce qui sest passé au Tchad, je suis parmi les acteurs et je connais réellement ce qui sest passé dans notre pays. Ce qui sest passé au Tchad, cest horrible ! Donc, nous sommes tous des victimes en quelque sorte. Macky Sall a eu le courage et lhonnêteté de prendre cette affaire en main, tout de suite, après son élection, et dénouer cette question pertinente. On en parlait beaucoup, la question de Habré. Chapeau à mon frère Macky Sall qui a eu le courage de donner un espoir au peuple tchadien. Le jugement de Habré, cest un élément important. Rappelez-vous la déchirure du Tchad, en 1979, entre Nord et Sud, rappelez-vous ce qui sest passé au Sud et au Nord entre les citoyens dun même pays, rappelez-vous aussi ce qui sest passé après. On a découvert des charniers partout au Tchad. Je crois que je peux, en mon âme et conscience, dire que jétais un des rares collaborateurs de Habré qui lui disait attention à ce que vous êtes entrain de faire. Je lai dit et cest moi, cest moi ! Parmi tous les collaborateurs de Habré, jétais le seul capable de lui dire « ça cest bon, ça cest mauvais ». Puisque je pensais que le combat que nous menions contre la Libye était un combat qui valait la peine. Notre pays était occupé, jai opté pour le métier des armes, donc je ne pouvais pas me dérober. Je pense que jai rempli ma mission de soldat. Mais en même temps, pendant la même période, je nai jamais accepté que Habré ou les institutions quil a mises en place puissent mettre des malheurs dans le pays, tuer impunément des Tchadiens, prendre les biens des Tchadiens par groupes ethniques ou régionaux. Donc, ce qui est arrivé au Tchadiens est une fatalité pour le pays. Cette fatalité a divisé les Tchadiens. Je suis sûr que le jugement de Habré aura un impact sur le comportement de chaque Tchadien, surtout sur la réconciliation nationale. Il ne sagit pas de lapider un homme qui sappelle Habré, mais il sagit de faire en sorte que nous puissions faire quil ny ait plus un deuxième Habré qui tuera dans notre pays. Ça veut dire, tout simplement aussi, quaprès avoir géré un pays, vous ne pouvez pas sortir sans une impunité, puisque vous êtes comptable devant la nation, devant votre opinion. Donc, laffaire Habré est un élément qui va rapprocher les Tchadiens, renforcer la cohésion, lunité nationale et qui va permettre aux Tchadiens de navoir pas peur quun jour, un régime vienne boucler tout le monde et tuer comme il la fait. Répondant à la question me concernant, javoue que je suis un soldat, jai été un très bon soldat. Quand je suis rentré le 22 avril 1979, jétais arrivé à NDjaména. Je ne reconnaissais pas NDjaména. Cétait une ville occupée par plusieurs tendances politico-militaires. Vous ne pouviez pas aller dun quartier à un autre. Cétait impossible. Moi, jétais un soldat. Jétais resté pendant pratiquement six mois sans faire un choix. Et quand javais choisi de rejoindre les FAN (Forces armées du Nord), ce nétait pas à cause de Hissein Habré. En tant que soldat, jai porté mon jugement sur Habré et sur les FAN qui étaient contre la présence de la Libye qui occupait notre pays. La Libye occupait non seulement la bande dAouzou, mais le tiers du Tchad. Tous les malheurs que nous avions connus dans notre pays sont causés par la Libye. Donc, en tant que soldat, je métais engagé pour lhistoire, aux côtés de Hissein Habré dans les FAN. Jai fait le maquis avec lui, en 1980-1981. Le retrait des FAN de NDjaména, cest moi qui lavais conduit. Le 7 juin 1982, jétais rentré à NDjaména à la tête de mes hommes. Et je crois que jai apporté un plus au pays qui était divisé en deux et qui était déchiré. Il fallait refaire lunité du Tchad, faire en sorte que les deux Tchad, le Nord et le Sud, soient ensemble. Je ne dis pas que cétait mon uvre, mais je pense quen tant que soldat, javais travaillé pour cela. Il fût un moment où, pour des questions morales et de principe, javais pris le risque de quitter NDjaména et de lâcher Habré, au prix de ma vie. Je ne me suis jamais dit que jarriverai un jour à me faire une place au soleil et revenir reprendre le pouvoir. Mais jai quitté NDjaména, avec mes proches collaborateurs et ma famille, pour ne pas contribuer à lanéantissement du peuple tchadien par Habré. En tant que soldat, jai vu ce qui sest passé à Yébibou. 150 soldats que jai connus, que jai formés et dirigés aux combats moi-même, ont été froidement assassinés début mars 1989 par la SP (Sécurité Présidentielle de Habré). Il y a aussi Ounianga, où les meilleurs soldats qui ont combattu et libéré le pays ont subi le même sort. Jai coupé avec Habré. Il a su certainement gérer la période de la guerre, mais il ne pouvait plus gérer un Tchad dans la paix. Cétait ma conviction. Cest ce qui ma amené à ne pas accepter sa politique et qui ma amené, en mon âme et conscience, à le quitter. Et jai lai combattu, armes à la main, tout comme jai combattu les Libyens, armes à la main. Jai les stigmates des combats que jai menés contre la Libye et Hissein Habré. Cest tout simplement une question de morale et de conviction personnelle. Donc, jai été avec Habré pour combattre lenvahisseur. Et quand ça été de trop, jai quitté Habré pour le combattre. Maintenant, la chambre est libre, les Tchadiens sont libres. Sil y a, quelque part, une institution mise en place pour juger les coauteurs de Habré, je suis prêt à répondre à ces magistrats qui viendront vers moi. Je suis un homme à la conscience vraiment tranquille sur cette question. Rappelez-vous, en 1994, quand je faisais une tournée à lintérieur du pays, on mavait diabolisé, et cétait dailleurs vous, les journalistes, qui maviez diabolisé. A Moundou, jétais parti pour la première fois découvrir Déli dont on parlait beaucoup. Je nai jamais connu Déli. Cest en 1994 que je lavais découvert. Donc, comme je vous le dis, je suis là pour soutenir tous les efforts consistant à faire la lumière sur ce qui sest passé pendant les huit ans de règne de Hissein Habré. Je suis là pour soutenir toutes les institutions nationales ou africaines qui veulent faire justice sur les auteurs, les coauteurs et les complices de Habré. Ce nest pas un hasard si nous avons mis plus de moyens que les autres, ce nest pas non plus un hasard si nous avons été en première ligne pour soutenir le président Macky Sall. Cest pour que la lumière soit faite. Donc, je suis un homme qui a une conscience tranquille et la question de jugement de Hissein Habré est une question nationale, qui nous concerne tous. Je pense que rares sont les Tchadiens qui nont pas perdu les leurs pendant cette période. Maintenant, après le jugement, quest-ce que les Tchadiens peuvent attendre ? Logiquement, ils doivent être indemnisés par lÉtat. Cest absolument normal. Ceux qui ont souffert, pour rien du tout, dun régime quelconque doivent être indemnisés, le moment venu. Cest un élément essentiel. Beaucoup de ceux qui ont vécu dans les cellules de Habré sont morts et nous continuons à les perdre chaque jour, mais leurs parents, leurs progénitures sont là. Le moment venu, le gouvernement tchadien, que ce soit DEBY qui est au pouvoir ou un autre, aura la responsabilité dindemniser les Tchadiens qui ont souffert du comportement des hommes politiques pendant cette période. Notre pays est très actif à léchelle régionale et internationale sur le plan diplomatique. Il a été sur le terrain dans plusieurs pays, notamment au Soudan, en RCA et au Mali. Au Mali, le Tchad a été lun des premiers à être sur le terrain et il a payé un lourd tribut pour cela. Aujourdhui, avec un recul, comment appréciez-vous le travail accompli par les FATIM (Forces armées tchadiennes dintervention au Mali) sur le terrain ? IDI : Je disais tantôt que, dun État néant, le Tchad est devenu aujourdhui un État crédible. Je disais aussi que cela nest pas le fait dun seul homme. Cest leffort global de chacun de nous, et nous lavons rendu crédible. Nous avons des institutions crédibles y compris larmée nationale. Je ne vous le cache, vous le savez très bien, jai forcé la main à tous ceux qui ne voulaient pas que le Tchad se dote dune armée. Je leur ai forcé la main et jai constitué une armée capable de défendre notre territoire, capable de défendre les institutions de la République. Si nous avons été au Mali et en RCA, cest malgré nous, mais cest pour la bonne cause. Ce nest pas une aventure. Prenons le cas de la RCA. La crise en RCA date de 1994. Et depuis 1994 jusquà nos jours, nous ne sommes pas les seuls soldats de lAfrique centrale à être sur le terrain : la FOMUC, la FOMAC, et maintenant on a passé la main à la CEEAC. Cest-à-dire quon a demandé que laffaire de la RCA soit gérée par la CEEAC. Cest ce qui a été fait. Et nous avons aujourdhui une présence assez significative en RCA pour aider nos frères Centrafricains à sortir de la guerre. Je crois que nous avons beaucoup de leçons à donner à nos frères africains qui nont pas connu la guerre, qui nont pas connu ce que nous avions connu. Et nous les avons aidés du fond du cur, quil sagisse de feu président Patassé ou du président Bozizé, nous les avons aidés sans calcul. Nous avons aussi sacrifié des soldats tchadiens qui sont morts pour la paix en RCA. Donc, si par malheur le Tchad se retirait de sa position actuelle en RCA, il faut craindre que vous ayez encore plus de problèmes ici et la RCA va être à son tour, pour la première fois, je mexcuse auprès de mes frères centrafricains demployer ce terme, un « État néant ». Donc, humainement, nous protégeons la population civile, nous apportons notre contribution sur le terrain pour apaiser les uns et les autres dans le cadre de la CEEAC. Cest nous qui avions demandé la contribution de lUnion africaine et des Nations unies, un parrainage, parce que, de 1994 à nos jours, cest nous qui supportons cette charge très lourde. La France nous a aidés, lUnion européenne, un peu, mais les gros contributeurs, cétaient nous, les États de lAfrique centrale, sans exception pour avoir une force sur place qui puisse aider les Centrafricains à retrouver la quiétude et la stabilité. Sil y a une sorte de stabilité en RCA, cest grâce aussi à notre présence et notre apport. Vos soldats ne sont pas de mauvais soldats, ils sont de très bons soldats, ce sont des professionnels qui savent faire le travail. Aujourdhui, ils savent aider les civils, ils peuvent et savent jouer un rôle même humanitaire. Vous devez dire merci à vos soldats. Quant au Mali, nous avons été dans ce pays à la demande expresse du président intérimaire, Dioncounda Traoré, et de la France. Je veux vous dire une chose en tant que soldat : si le Tchad ne sest pas engagé au Mali, il ny aurait jamais eu délections dans ce pays, et une rencontre entre le gouvernement et le MNLA au Burkina-Faso pour un dialogue. La présence et laction essentielle du Tchad ont été fondamentales pour la réussite du processus que la communauté internationale cherchait, organiser les élections, poursuivre le dialogue entre le MNLA et le gouvernement, unifier le Mali. Et depuis, nous sommes en plein Nord. On na pas bougé de là où nous étions, à Tessalit. Certes, on a un peu réduit leffectif, mais nous gardons une présence dynamique. Ce nest pas une aventure. Lhistoire en parlera, lAfrique et le monde diront un jour, peut-être, que le rôle que les soldats tchadiens ont joué au Mali était un rôle de premier ordre. Et nous devrions être fiers de nos soldats et du travail quils ont fait. En tout cas, en tant que soldat, je suis fier de ces hommes-là qui se sont sacrifiés et ceux qui sont encore sur le terrain pour aider nos frères maliens à parachever ce qui reste à faire, cest-dire la stabilité, la réconciliation nationale et le développement du pays. Lhistoire dira un jour que le Tchad a eu raison dêtre le seul pays noir africain qui a soutenu laction de la France qui était seule sur le terrain, par ses propres moyens, en projetant 2.400 hommes sur 3.000 kilomètres. Les soldats tchadiens ont maitrisé en une semaine seulement, une situation qui devrait durer des années. Par leur courage, par leur sens du sacrifice, ils ont préservé lunité du Mali. Ce qui a permis aux Maliens daller aux élections. Cest lapport du Tchad et cest grâce aux soldats tchadiens, avec les soldats français. La cherté de vie préoccupe aujourdhui la population. En dépit des mesures prises çà et là par le gouvernement, rien na changé. On assiste plutôt à une flambée de prix des denrées et à une spéculation par les commerçants véreux. Alors, quest-ce que la population peut attendre de vous pour une solution définitive ? IDI : La population tchadienne doit attendre légitimement que ses gouvernants trouvent une solution à ce quon appelle la vie chère. Vous savez que le phénomène de la vie chère nest pas seulement propre au Tchad. Cest un phénomène mondial. En plus, nous venons de très loin. Nous sommes un pays à vocation agro-pastorale. Jespère que nous continuerons à lêtre, lagriculture et lélevage constituent le socle sur lequel reposeront nos ambitions à lhorizon 2025. Au niveau du gouvernement, nous avons pris un certain nombre de décisions, mené un certain dactions. Certaines ont apporté quelques réponses, dautres nont pas apporté des solutions définitives. Cest une question qui est mondiale ou sous-régionale, donc le Tchad ne peut pas en être épargné. Nous faisons partie de cette communauté internationale et la morosité économique et financière en Europe nous frappe de plein fouet. Vous savez quavant, le Tchad nexportait pas beaucoup pour son autosuffisance alimentaire. Le Tchad produisait surtout localement, du mil et du gros mil, qui étaient les plus consommés par les Tchadiens. Aujourdhui, les choses ont évolué et les Tchadiens consomment du riz, du pain, de la farine donc, des produits quil faut aller chercher ailleurs. Noublions pas que nous faisons partie des pays qui ont libéralisé leur économie. Notre système économique est un système libéral. Donc, la marge de manuvre du gouvernement est assez réduite, du fait que nous avons volontairement créé cette situation par la libéralisation économique dans notre pays. Quoi quil en soit, le gouvernement est responsable. Nous devrions continuer à nous battre, le gouvernement doit continuer à se battre et à avoir un dialogue permanent avec ces commerçants véreux. Dans les régions du pays, y compris NDjamena, les gouverneurs doivent se battre aussi. Au moins, les prix que le gouvernement a fixés et rendus publics, ils doivent les faire appliquer Cest ce qui nous a amené à créer au Tchad, un centre de vérification des produits alimentaires qui est une première en Afrique centrale. Sur le plan scientifique, ce centre que nous avons construit et qui est déjà fonctionnel, va être un centre sous-régional. Nous sommes un pays délevage et il est impensable que la viande coûte plus cher au Tchad quen RCA ou au Cameroun. Ce que nous produisons ne doit pas être plus cher que ce nous importons. Le gouvernement a un programme national de développement et il doit intégrer dans ce programme, lidée qui est née déjà depuis quelques années pour atteindre lautosuffisance alimentaire, en utilisant nos terres arables qui sont vastes, les eaux de nos fleuves et il faut investir dans lagriculture pour avoir une autosuffisance alimentaire, et pourquoi ne pas faire du Tchad un pays exportateur de produits alimentaires. Cest une ambition. Il y a trois ans, javais parlé de cent mille hectares. Maintenant, nous sommes à quarante mille hectares. Il reste encore à faire soixante mille hectares. Cela a un coût, mais ça nous permet davoir deux productions de riz par an. Quand nous atteindrons cent mille hectares, le prix sera moins. Certainement, on va étendre le programme pour faire plus encore, puisque les terres arables sont là, pour nous permettre dasseoir une économie réelle dagriculture qui mène vers lautosuffisance alimentaire et renforce nos exportations et qui contribue à une vie normale des Tchadiens. Donc, le gouvernement doit mener un combat contre la vie chère. Je ne doute pas quil arrive à imposer à ces commerçants véreux les prix quil a fixés. Un autre problème préoccupant : celui de lécole tchadienne. Depuis bientôt cinq ans, les résultats scolaires sont en chute libre. Cette année 2013, il y a eu 8% de réussite au baccalauréat, et cela, juste après quon ait parlé de la renaissance de lécole tchadienne après le forum qui sest tenu sur le système éducatif. La baisse de niveau se généralise et beaucoup parlent de dysfonctionnement du système éducatif. Alors, quelles sont les mesures urgentes envisagées pour remédier à cette situation ? IDI : Cest une question fondamentale. Quand on parle de lécole, des jeunes ou des enfants, il sagit de lavenir du Tchad. Quand on regarde les résultats actuels, pas seulement au niveau du BAC, mais dans les autres niveaux plus bas, et celui de certains fonctionnaires qui ont des diplômes et qui émargent sur le budget de lÉtat, nous sommes en droit de nous poser la question : quest-ce quon a fait ? Comment et pourquoi on a fait pour arriver à cette situation ? Et pourtant, léducation nationale a été un des secteurs prioritaires du gouvernement depuis 1990. Vous savez quen 1990, il y avait moins de 50 collèges et lycées. Aujourdhui, vous avez dépassé le cap de 600. En 1990, vous aviez moins de 3000 à 4.000 candidats au Bac. Aujourdhui, vous en avez plus de 70.000. Donc, il y a eu quelque part un boom scolaire dans notre pays. Ce qui est une bonne chose, mais ce boom nest pas suivi de qualité. Il y a eu plusieurs fora sur léducation nationale, surtout après 1993. Malgré toutes les décisions qui ont été prises et tous les crédits importants que ce département a consacrés pour léducation de nos enfants, aujourdhui nous sommes en droit de nous poser la question. Si cest ça le résultat que nous avons obtenu, nous avons vraiment prêché dans le désert. Donc, maintenant, il faut prendre le taureau par les cornes et chercher où se trouve le mal. Est-ce que cest au niveau des élèves, de lencadrement ou des parents ? Qui est responsable, pourquoi cette situation ? Pourquoi construire des instituts, des universités dans notre pays pour de tels résultats ? Personne ne peut imaginer ces résultats, en tout cas, moi, personnellement, je nai jamais imaginé que sur plus de 70.000 candidats, quil y ait un taux de réussite de 8% seulement. Je ne lai jamais imaginé pour la raison quau cours de cette année il ny a pas eu de grève, les gens ont travaillé normalement. Pourquoi cela ? Plusieurs questions se posent. Je pense que le moment est venu pour que le gouvernement trouve la solution, sinon, le remède le plus efficace possible pour assurer lavenir du Tchad par une formation, par un encadrement et par la présence délèves aux côtés du gouvernement en tout lieu et à tout moment. Cest lamentable ! Je dirais même que cest un échec de cette politique de léducation nationale. Il faut reconnaître que les échecs peuvent arriver. Maintenant que cest arrivé, il faut reprendre les choses en main. On ne peut pas continuer avec cette situation. Toutes les rencontres que nous avons organisées concernant léducation nont donné que ce résultat-là. Moi, je me pose la question que va-t-on faire ? Mais nous avons lobligation de trouver la solution. Nous sommes face à un problème et face à nos responsabilités. Et par rapport aux autres enfants de lAfrique ou du monde, lenfant tchadien nest pas le plus taré, je ne le crois pas. Il y a un problème, il ne faut pas le nier. Le gouvernement doit trouver la solution dans le cadre de son programme de développement, dans le cadre de cette politique que nous avons menée depuis 1988 : faire de lécole, de léducation, la priorité des priorités. Votre mandat actuel est placé sous le signe du monde rural et la femme. Or, sur le terrain, les éleveurs et les cultivateurs ne peuvent plus cohabiter malgré vos multiples instructions aux différents responsables pour une cohabitation pacifique. Les conflits ne font que saccentuer, avec la complicité des autorités administratives et militaires qui ne se soucient guère des pertes en vies humaines. Quelles sont les mesures urgentes à prendre pour que les deux communautés vivent en paix et vaquent à leurs activités ? IDI: Depuis les temps immémoriaux, les agriculteurs et les éleveurs ont vécu ensemble. Est-ce que cest un phénomène nouveau ? Pourquoi on en fait un problème politique ? Je ne dis pas quil ny a pas de problèmes, de problèmes qui finissent malheureusement par des pertes en vies humaines, des accros entre agriculteurs et éleveurs, mais ils sont politisés à outrance. Faire de ça un programme politique par certains acteurs politiques, cest ça qui nous a amenés à lincompréhension actuelle. Il y a, bien sûr, dautres éléments qui viennent sajouter. Vous avez 1.284.000 Km2. A lindépendance, vous étiez 3.000.500, aujourdhui, vous êtes 11.000.000. A lindépendance, vous aviez moins de 200.000 têtes de bétail, aujourdhui, vous en avez plus de 20.000.000 et le désert avance. Tout ça, ce sont des éléments que nous ne maitrisons pas. Il y a des phénomènes naturels, comme lavancée du désert, que nous ne pouvons pas maitriser. Cette augmentation vertigineuse de la population tchadienne en moins de 50 ans est aussi un phénomène, parce que le Tchad était dans une situation incontrôlée et de désordre pendant longtemps. Il ny a pas eu une politique de planification familiale, et il ny a pas eu, non plus, une politique réelle qui permette de faire des reformes approfondies au niveau de lélevage. Lélevage ne contribue pas beaucoup à léconomie du pays pour la simple raison quil est pratiqué dans sa forme traditionnelle. Donc, ce qui importe aujourdhui pour les uns et les autres, cest le nombre de têtes de bétail. Ce qui devrait nous intéresser, cest davoir moins de têtes avec une vie meilleure. Lagriculteur ne peut pas vivre sans léleveur, tout comme léleveur ne peut pas vivre sans lagriculteur. Et vous verrez que dans les années à venir, les choses vont changer. Les agriculteurs daujourdhui pourront devenir des éleveurs. Les éleveurs daujourdhui sont entrain de devenir des agriculteurs. Concernant lapport du gouvernement à aider les deux communautés à sentendre, je pense que le gouvernement a une politique. Je viens de signer un projet qui va nous coûter autour de 10 milliards de francs CFA et qui consiste à tracer des routes pour les éleveurs en transhumance en toute saison. En son temps, on en avait. Cependant, maintenant, les besoins en terres sont devenus plus importants, la population à nourrir est devenue nombreuse et le nombre du bétail a augmenté, donc il faut plus despaces, il faut trouver des solutions. Je crois que les solutions sont prévues dans le Programme national de développement (PND). Nous ne voulons plus de cet élevage tel que pratiqué aujourdhui qui, en quelque sorte, contribue à la destruction de notre environnement. Nous voulons dun élevage qui apporte un plus au pays. Ce projet que je viens de signer et qui permettra de tracer des axes de transhumance, fait partie des actions que le gouvernement est entrain de mener. Cela va permettre déviter des accrocs entre éleveurs et agriculteurs sur lensemble du pays. Il ne faut pas croire que cest un phénomène qui concerne une ou deux régions. Il ny a que trois régions qui ne sont pas concernées par ce phénomène : lancien BET, le Barh El Gazel et dans une certaine mesure le Kanem. Toutes les autres régions du Tchad sont concernées. Il ny a pas une seule année où on ne parle pas de morts dans ces régions du Tchad, pour des questions de terre, de pâturage ou dagriculture. Là aussi, il est de la responsabilité du gouvernement de trouver des solutions. Je pense quon peut indexer ladministration, larmée ou les responsables des services (commandants de brigade ou autres) qui sont devenus des éleveurs ou des agriculteurs. Si le problème est à ce niveau, il est très facile au gouvernement dinterpeller ces gens. Ils ne sont pas nombreux, ceux qui sèment la désolation au sein des deux communautés. Mais la dimension actuelle est plus importante que cela. De plus en plus, il nous manquera des terres pour lélevage, et de plus en plus, il nous manquera des terres pour lagriculture. Prenez une région comme le Logone occidental qui est la plus peuplée du Tchad, avec 200 habitants par km2. Quallez-vous faire ? Nous avons initié un certain nombre de projets au sein du gouvernement : la fixation des nomades. Il y a des ratés certes, mais il y a quelques réussites quand même. Moi, personnellement, je crois à cette politique de fixation, qui vise, tout au moins, à réduire les amplitudes de transhumance. Au lieu que léleveur fasse 1.000 km à laller, 1.000 km au retour, on peut les réduire à 400 km à laller, 400 km au retour, en traçant ces couloirs, avec des points deau et de pâturage. Je pense que, par faute de ne pas avoir suffisamment de terres, on sera amené, un jour, à cultiver pour nourrir le bétail aussi. Le tiers du pays, cest le Sahara, mais cest un Sahara qui peut produire. Il y a de leau là-bas. Donc, nous allons chercher toutes les solutions possibles pour réduire les amplitudes de transhumance des éleveurs et ramener le problème au niveau de la chefferie traditionnelle pour que les chefs traditionnels arrivent à régler eux-mêmes les problèmes, sans lintervention de ladministration. Il y a des ONG nationales qui aident les agriculteurs et les éleveurs dans certaines régions et ça marche. Je souhaite que ces ONG qui travaillent aujourdhui pour cette bonne cause, avec le soutien de lÉtat, arrivent à couvrir lensemble des régions, pour permettre aux deux communautés de vivre pacifiquement et de bénéficier de lappui des uns et des autres. Donc, il ny a pas de problèmes sans solutions, mais il faut éviter de politiser à outrance. Cest ça qui aggrave souvent nos problèmes. On ne rend pas service Pour celui qui est mort, cest la fin du monde. Il sest arrêté là. On ne pleure pas pour les morts, mais on cherche un bénéfice politique sur les morts. Cest çà qui est grave et cest ça quil faut éviter ! Pour permettre aux deux communautés de vivre ensemble, il appartient au gouvernement daller plus loin dans ses réflexions et dans ses activités pour la fixation des nomades et pour la réduction des amplitudes de transhumance. Le Tchad va être candidat au poste de pays membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies en septembre prochain. Après tout ce que le Tchad a connu, aujourdhui, nous sommes un havre de paix dans une région où il y a beaucoup de turbulences, nous sommes le berceau de lhumanité, nous sommes même, après la renaissance, sur le chemin de lémergence. Alors, quest-ce que cela va apporter de plus à notre pays ? IDI : Cest pour la première fois que le Tchad est candidat à ce poste, pour le compte de deux régions : la région de lAfrique centrale et la région du Nord. Pourquoi cest pour la première fois ? Cest parce que nous avons perdu notre temps à faire la guerre et créer le désordre. Maintenant, le pays a retrouvé sa crédibilité. Aujourdhui, le Tchad participe, avec les autres pays stables de lAfrique et du monde, à linstauration et au retour de la paix, de lordre et au renforcement de la démocratie en dehors de nos frontières. Donc, notre pays joue aujourdhui un rôle important. Prenez-le comme tel, le Tchad, cette place lui est réservée de droit comme ça. Il doit jouer son rôle, puisque nous avons lexpérience de la guerre. Comme nous sommes arrivés, par nous-mêmes, à sortir de cette situation et rendre notre pays crédible. Donc, nous avons beaucoup à donner aux autres. Deuxième élément, cest la participation de votre armée à la stabilité et à la paix dans la région Afrique. Vous ne savez pas le rôle que vous avez joué. Pas seulement au Mali et en RCA. Vous avez aujourdhui vos éléments en RDC, des gendarmes et des policiers à Haïti, en Côte dIvoire, au Burundi, et on est aujourdhui sollicité par lUnion africaine pour apporter notre appui aérien à la Somalie. Le Tchad joue un rôle important au sein de la communauté africaine, mais aussi au sein de la communauté internationale pour la paix dans le monde. Donc, il est de notre devoir, et je pense que cest le moins quon puisse nous donner, dêtre candidat à ce poste-là pour pouvoir apporter davantage lexpérience que nous avons et mettre à la disposition de la communauté internationale, comme nous lavons fait jusquaujourdhui à sa demande, les maigres moyens qui sont les nôtres, pour contribuer à la paix dans le monde. Je pense que nous sommes le seul candidat pour les deux sous-régions et il y a forte chance que nous passions. Ce nest pas rien non plus. Cest une première pour le Tchad. Je pense que vous avez aussi une diplomatie qui est très forte et une présence assez importante au sein de la communauté internationale. Dans les rencontres africaines ou internationales, le Tchad a eu toujours un rôle à jouer et il jouera un rôle important de plus en plus. Le Tchad fait aussi partie des pays qui ont proposé la création dune force africaine daction rapide pour la stabilisation de la paix, pour quon ne soit pas pris de cours comme on la été pour la situation au Mali. Pour que nos problèmes ne soient réglés par lextérieur, il faut que lUnion africaine se dote dune armée disponible à tout moment, qui peut être déployée en un temps record pour réduire la nuisance, le désordre ou les maux dans le continent. Le moment venu, le Tchad va être dans le peloton des premiers pays qui vont contribuer en hommes et en matériels pour cela. Donc, de plus en plus, le Tchad jouera un rôle important dans la région Afrique, dans la sous-région bien sûr, mais il a aussi un rôle à jouer sur léchiquier international. **FIN**
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