Le Chef de léÉtat IDRISS DEBY ITNO a accordé ce matin une audience au ministre gabonais des Affaires étrangères, M. Issozé Ngondet Emmanuel. Il est porteur déun message de son Président, Ali Bongo Ondimba é son homologue IDRISS DEBY ITNO.
A la fin de léannée 2012, le pays a été paralysé par une longue grève. Le front social risque de séembraser déici la fin du mois. Quéest ce que vous proposez comme solutions aux revendications des travailleurs ? Idi : Je voudrais me félicité de ce que les journaux de la place fassent aujourdéhui des efforts pour aller chercher la vérité là où ils devaient le faire mais pas aller ramasser dans la rue ce que vous pouvez penser. La présidence est ouverte à tous les journalistes de la presse écrite privée comme publique et la presse non écrite aussi. Il suffit déen faire la demande. Nous néavons aucune raison de ne pas nous ouvrir pour faire savoir ce que nous faisons à la population tchadienne et au delà de léopinion nationale léopinion internationale. Vous méavez posé un problème de léheure. La situation sociale des travailleurs ne date pas déaujourdéhui. Ce problème date depuis des années. Il a fallu que nous arrivions en 2003 pour avoir quelques ressources supplémentaires nous permettant de voir dans quelle mesure ces préoccupations du travailleur qui est aussi notre préoccupation de voir améliorer la condition de vie de nos citoyens et des travailleurs du public comme dans le privé. Le gouvernement a fait beaucoup déefforts en très peu de temps. Nous avons augmenté le salaire des travailleurs de plus de 300% en moins de 10 ans. Certes, on peut penser que le Tchad est un pays pétrolier. Nous ne sommes pas du tout un pays pétrolier. Vous produisez moins de 150 barils. Vous balancez entre 30, 60 et 120 barils depuis pratiquement 4 ans. Sur ces ressources, vous néêtes pas dans la production et vous néavez pas de participation au sein du consortium. Ce que vous recevez ne sont que des dividendes qui sont de 12,5%. La convention de 1988 et son application qui doit durer 25 ans. Nous avons essayé de faire passer pour tout ce qui était arrivé après les sociétés de recherche et déexploitation par une loi prise à léAssemblée nationale de passer de 12% à 14,5%. Pour autant, les ressources directes sont des ressources qui séamenuisent et qui séadaptent aussi à la production. Quand la production chute, évidemment les ressources du pays diminuent. Quand la production vous néavez pas déautre argent. Céest ce que vous recevez qui vous sont verser c'est-à-dire les 12,5%. On ne peut pas dire que nous sommes un pays pétrolier. Les ressources autres que les ressources du pétrole sont léImpôt sur les sociétés (IS) qui tombent chaque trois mois. Le bénéfice dépend aussi de beaucoup de paramètres. Il ya déabord le coût de production. Chaque année, il y a des investissements que les pétroliers font pour chercher à produire plus. Ce sont des investissements qui coutent cher par rapport au budget arrêté par la société. Deuxième élément : le coût du transport. Il coute de plus en plus cher même si il néy a aucune raison pour quéon augmente le coût du transport déautant plus que les sociétés ont déjà amorti les investissements quéelles ont fait au départ. Nous sommes en discussion avec les pétroliers. Le reste des secteurs qui génèrent des ressources sont des secteurs connus : ce sont les impôts, les douanes et les domaines. Je ne pense pas que dans ce secteur là il yéa eu une évolution économique spectaculaire. Ces secteurs restent des secteurs qui ne produisent pas beaucoup de ressources. Nous devons compter en jumelant les ressources pétroliers et les ressources directes traditionnellement connues, Nous avons dépassé aujourdéhui un cadre très important en terme de la masse salariale. On a dépassé nos ressources hors pétrole. Nous sommes autour de 380 milliards. Avec ce qui se passe actuellement, si par malheur et je ne le souhaite pas ; la production chute encore déavantage, vous ne pourrez pas payer régulièrement et entièrement les salaires, non plus tenir la dette extérieure qui est une dette lourde de plus de 800 milliards FCFA. Vous décaissez par an autour de 35 à 40 milliards. Ajoutez à cela les investissements publics que nous faisons, des équipements, des routes et autres ou encore les équipements sociaux de base. Nous avons deux choix : soit on arrête léensemble des investissements que nous faisons et orienter léensemble de ces ressources là vers les salaires. Ce cas de figure a eu lieu sous déautres cieux en Afrique et ailleurs où des pays pétroliers dans les années 70 et un peu avant où les pays ont augmenté sensiblement, par la pression de la rue, la pression sociale, la masse salariale. Ces pays ce sont rendus compte après 30 ans que la production du pétrole néa pas servi à grand-chose au-delà des fonctionnaires de léÉtat mais le reste de la population néa bénéficié de rien. Ni en termes déinfrastructures scolaires ni en termes déinfrastructures sanitaires et moins encore les conditions de vie de cette masse de 80% qui est du monde rural. Les fonctionnaires au Tchad vous êtes à moins de 80000. Séil faut un budget pour supporter les 80000 sur des ressources qui ne sont pas sûres, les ressources qui sont sûres sont celles qui sont générées par les grandes régies financières que je viens déénumérer et qui ne dépassent pas 380 ou 400milliards FCFA par an. Céest pour cela que nous essayons de faire comprendre aux travailleurs, déailleurs il y a un schéma et ce schéma aussi a été vécu par les autres pays qui ont eu le pétrole avant nous. Plus vous augmentez les salaires évidemment cela a une influence directe sur la vie quotidienne parce que les prix des produits de première nécessité grimpent. Quand vous augmentez de 5% les prix grimpent de 5 même plus. Sous déautres cieux, pour augmenter les salaires, il existe des paramètres de calcul. On prend ces paramètres là par rapport au train de vie du pays, par rapport aux ressources du pays, par rapport au coût de la vie. On indexe le chiffre correspondant c'est-à-dire que dans ce calcul, le chiffre correspondant pour augmenter le salaire de manière à ce que le salaire arrive à un niveau permettant aux fonctionnaires de tenir les 30 jours qui suivent. Ce paramètre de calcul néest pas effectué au Tchad. On fait des augmentations pour augmentation par la pression, par les grèves sèches qui nous ont amené à augmenter. Nous continuerons. Vous augmentez aujourdéhui de 150 points comme nos partenaires sociaux le demandent, vous augmenterez déun autre côté le coût de la vie de 150%. Les commerçants ne sont pas bêtes eux aussi. Ils suivent eux aussi et puisquéil y a beaucoup déargent en circulation fatalement céest ce quéon crée. Léaugmentation du coût de la vie. Pour éviter cela, il faut que les partenaires sociaux et le gouvernement séentendent déabord sur les méthodes de calcul avant déentrer dans des négociations. Ces méthodes de calcul se fait ailleurs, en Europe et dans tous les pays. Si on appliquait simplement ces méthodes de calcul, les augmentations ne seront pas de 10%, de 15% ou de 30%. Elles seront de 2%, 3%, 4%. Là, il paraît que nos partenaires refusent. Il y a des choix à faire à ce niveau. Puisque les possibilités qui sont les nôtres ne sont pas cachées mais bien connues, jéai dit restons sur la table et mettons les choses à plat sur la table : voilà nos possibilités, voilà le budget qui est voté. Quéest ce quéon doit investir au courant de léannée. Voilà ce qui reste. Voilà le fonctionnement, voilà la dette. Quéest ce quéil faut augmenter et quéest ce quéil faut réduire. Chaque fois que vous réduisez léun vous réduisez léautre. Céest pourquoi les travailleurs doivent pouvoir aller progressivement et ne pas également, par la faute de leurs revendications, permettre aux commerçants véreux faire de la spéculation. Cette spéculation est naturelle puisquéil y a beaucoup déargent. Dans les années 90, le smig au Tchad était de 2000 ou 3000 FCFA. Nous avons augmenté progressivement pour arriver à 27000 FCFA. Maintenant nous sommes à 60000 FCFA. Ce néest pas trop pour quelquéun qui a une famille il ne peut tout couvrir avec 60000 FCFA. Quand on sait que le sac de mil coûte 25000 FCFA. Ce néest pas facile de tenir le coup. Le Tchad est aussi un pays qui a ses coutumes, sa culture et qui a aussi ses structures sociales qui sont pour nous la famille au sens large du mot. Il ne nous est donc pas possible déaller plus loin. Comme le dit un adage « la grenouille saute avec ses propres forces ». Nous aussi nous essayons de sauter avec nos propres capacités et nous le faisons vraiment dans la transparence. Nous cherchons des moyens, des possibilités Il y a plusieurs actions qui sont entrain de se faire à léintérieur du pays dans la mise en valeur de nos ressources minières. Je souhaite que nous arrivions au bout du chemin et avoir suffisamment de ressources, non seulement pour satisfaire nos partenaires sociaux du secteur public comme privé mais aussi lancer notre pays sur la voie du développement et partager déune manière égalitaire les ressources quéil yéa entre les fonctionnaires et ceux qui ne sont pas fonctionnaires qui sont plus nombreux. Ne devez vous pas copier, monsieur le président, dans le cadre déun pacte social le modèle de léaccord du 13 aout 2007 pour juguler une fois pour toute, les questions des revendications des travailleurs ? IDI : Léaccord du 13 Aout 2007 est un accord politique. Il néa rien à voir avec un pacte social que nous cherchons. Les acteurs politiques qui veulent gérer le pays et qui se positionnent pour gérer le pays. Quand on crée un parti politique ce néest pas pour autre chose. Céest parce quéon a un programme quéon veut gérer le pays. Le cas des fonctionnaires néest pas pareil. Un accord du 13 aout néest pas une solution dans le cas des travailleurs. La solution pour les travailleurs céest que le gouvernement et les travailleurs se mettent ensemble, carte sur table en mettant sur la table toutes les ressources du pays, les engagements que léÉtat doit honorer. Quéest ce qui restera ? Si vous enlevez le fonctionnement, la dette, les investissements que nous faisons, quéest ce qui reste à partager ou à augmenter ? Il ne restera absolument rien. Si vous réduisez le fonctionnement vous réduisez la marge de manéuvre de léadministration. Vous arrêtez léadministration qui ne peut plus fonctionner. Vous arrêtez la dette ce néest pas normal. Car céest de léargent que léÉtat a pris avec ses partenaires, des banques et autres. Si on arrête les investissements, on ne garantie rien. La vie au Tchad est très loin du standard déune vie acceptable. Un Tchadien, où quéil soit besoin déêtre éduquer, être soigner, avoir accès à léeau potable, de manger matin et soir disons les deux repas et accessoirement avoir un toit. Tout ça ce sont des exigences légitimes. Ce néest pas parce que la masse de 80% ne va pas en grève quéon doit léoublier et quéon va donner seulement aux travailleurs. Céest ce que certains pays pétroliers ont fait et quéils ont regretté. Aujourdéhui ce que nous faisons au Tchad avec très peu de ressources est pris comme un modèle. Demandez aux partenaires qui sont ici. Et ça se gère dans la transparence. Vous pouvez avoir ce quéon a fait de cet argent, pas seulement au niveau du collège, mais aussi au niveau de léensemble des associations qui sont au Tchad pour faire la lumière sur la gestion du pays. Je ne dis pas que céest une gestion qui est bonne, une bonne gouvernance. Il y a des problèmes dans ce cas là aussi. Céest ce qui méa amené à aller signer le MAEP (Mécanisme africain déévaluation par les pairs NDLR). Ce mécanisme doit permettre, nous allons mettre dans les jours à venir au courant de la semaine mais avant la fin de ce mois le point focal. Autour du point focal, il y aura une commission composée des représentants de léensemble de notre société. Les partis politiques, les institutions, la société civile, vous les journalistes vous serez témoins. Vous ferez vous-même léévaluation de ce que le gouvernement a fait de ses propres ressources, quel genre de gouvernance le gouvernement est entrain déappliquer. Vous allez critiquer dans la plus grande transparence et vous pourrez faire aussi des propositions. Céest un mécanisme de plus que nous allons mettre en place avant la fin de ce mois. Ce mécanisme va mettre en confiance, pas seulement les travailleurs, mais aussi tous nos partenaires pour une gouvernance économique transparente, une gouvernance politique transparente, une gouvernance sociale et culturelle transparente également. Le MAEP nous permettra, je léespère, déavancer ensemble sans accroc dans léédification de la société tchadienne et adapter notre mode de vie à nos moyens. Vous avez déclaré la guerre à la corruption en mettant en place un ministère chargé de la moralisation de la vie publique et de la bonne gouvernance. Mais les responsables indélicats qui ont été appréhendés sont de nouveaux aux affaires. Quéest ce qui néa pas marché dans léopération de moralisation de la vie publique dénommée Cobra ? IDI : Arrêter une personne est une chose pour une implication quelconque, mais prouver sa culpabilité est une autre. Qui peut me prouver que cette personne a fait ceci ou cela ? Céest la justice. Quand vous amenez la personne et quéelle est blanchie par la justice vous ne pouvez rien déautre. Il devient citoyen comme tout autre citoyen qui néa rien fait. Dans ce cas, on ne peut pas exclure cette personne, cette compétence de la gestion du pays puisquéon néa pas beaucoup de compétences. Nous sommes à la recherche de ces compétences. Si aujourdéhui , dans le cadre le la santé ou de lééducation, nous allons chercher des solutions ailleurs tel que léenvoi de 150 jeunes à Cuba pour quéils soient formés comme médecins ou quéil faut faire venir 150 médecins Cubains que nous prenons en charge ici ou encore de faire venir nos compatriotes qui sont en Europe et ailleurs des cadres supérieurs, des intellectuels pour quéils nous aident dans nos structures de formations supérieures céest parce que nous sommes un pays particulier. Nous avons connu des désordres pendant de nombreuses années. Rappelez-vous que le premier coup de feu au Tchad est parti en 1963. 3 ans seulement après léindépendance. Je pense que vous néétiez pas né en ce moment. Céest ce que notre génération a connu. Nous touchons, à peine, depuis deux ou trois ans à une stabilité. On néentend pas des coups de feu ni des bruits de rébellion de gauche à droit. Céest la condition sine qua non pour nous permettre déinjecter les ressources, et lorsquéon parle de programme pour le monde rural, de léenseignement supérieur ou encore la santé, ce sont là des choses dans lesquelles nous avons accusé un retard car nous ne sommes pas comme les autres pays. Je vous donne un exemple : aujourdéhui vous néavez pas deux cadres statisticiens au niveau de la santé pour nous faire savoir par année quelles sont les performances que nous avons atteint ou que nous néavons pas atteint. De même, nous néavons pas jusquéaujourdéhui une carte scolaire. Je demande au gouvernement, mettez en place une carte scolaire pour nous permettre de savoir où nous devons construire des écoles et où il ne faut pas le faire. Vous venez de commencer à peine 3 ou 4 ans. Il faut attendre que cela puisse avancer et que le dialogue soit le maître mot dans notre pays à tous les niveaux des composantes de la société sans que léon ne se cache quoi que ce soit. La corruption est un mal. Céest vrai, beaucoup de ressources sont subtilisées par des hommes et des femmes sans foi ni loi. Céest visible à lééil nu. Quand vous vous promenez à léintérieur de NéDjaména, des villas qui se construisent ou des gros chantiers qui séélèvent à léintérieur du pays et autres. Léargent ne tombe pas du ciel. Ce ne sont pas des commerçants qui construisent. On sait ce que chacun gagne. Cette corruption existe et je pense que le MAEP va être aussi un outil supplémentaire en plus des mécanismes que nous avons mis en place qui sont des mécanismes institutionnels pour combattre la corruption qui gangrène notre administration. Il faut combattre la corruption et il faut que nous soyons tous ensemble pour la combattre en particulier la presse. Aujourdéhui il y a des gens, moi personnellement je les connais et vous en tant que journaliste et Tchadien vous connaissez, qui vivent au delà de leurs moyens mais dont la presse ne dit rien parce que ces moyens sont mis à la disposition de certains, je ne dis pas que céest le cas de tout le monde, agents de la presse pour écrire des articles. On paye pour la diffusion. Ce sont là des mauvaises pratiques. Est-ce que notre presse ne doit pas aussi être une presse responsable pour critiquer toutes ces actions qui mettent à mal notre société faites par qui que ce soit? Les gouvernants et les gouvernés. Céest extrêmement important puisque en plus de léinformation que vous donnez à votre public, vous lui donnez une formation et aussi vous combattez avec nous le mal qui gangrène notre administration. Nous avons aujourdéhui 80000 fonctionnaires. Allez voir dans les écoles très loin de NéDjaména même dans NéDjaména. Vous avez plus de 50% de corps enseignant qui néest pas dans les écoles. Ils sont ici à NéDjaména et ils gagnent indument leurs salaires. Vous néavez pas une administration qui suit cela. Il y aune fuite de responsabilité à tous les niveaux. Allez voir dans les régions de léintérieur combien de fonctionnaires travaillent là bas dans les différents secteurs. Tout le monde bénéficie de léappui de quelquéun. Pour éviter déaller trop loin, on gagne déun côté des ressources publiques et de léautre côté on enseigne aussi dans le privé pour gagner. Céest pareil pour la santé. Le nombre des cabinets médicaux prives qui séouvrent aujourdéhui ou des pharmacies qui sont ouvertes ici à NéDjaména ou à léintérieur du pays, qui est ce qui en sont les propriétaires ? Ce sont des fonctionnaires de léÉtat qui sont de médecins de la fonction publique, ce sont les infirmiers de la fonction publique. Ce qui entraine des conséquences extrêmement graves sur notre système de santé, sur notre système éducatif et sur le fonctionnement même de léadministration. Et je dirai que si nous avons des repères pour mesurer de la manière la plus précise possible combien de fonctionnaires qui travaillent réellement pour le pays je crois que je dirai que céest à moins de 10%. La corruption céest aussi gagner sans rien faire. La corruption céest aussi gagner illégalement. Il est un mal dans notre société. Combattons la ensemble. Et jéespère que dans le mécanisme que nous allons mettre en place à travers le point focal du MAEP nous aidera à faire en sorte que la société tchadienne fonctionne. 32 pays sont signataires de ce mécanisme. Le Tchad est le 32ème signataire. Dans 18 mois, ce sont les chefs déÉtats qui verront devant eux le dossier du Tchad. Quelles sont les ressources du pays ? Comment nous les avons programmés ? Quéest ce que nous avons fait avec cet argent ? Quel est le modèle de démocratie ? Comment elle fonctionne ? Comment fonctionne la société civile ? Quel genre de développement est amorcé ? Quéest ce qui est fait pour changer la vie du Tchadien ? Les chefs déÉtats vont critiquer. Il néy a quéun seul pays qui séest adonné à cet exercice : céest la Tanzanie. Dans 18 mois le Tchad sera le deuxième pays. Ce mécanisme va être appuyé par le système des nations unies et par les autres partenaires au développement comme il léont fait en Tanzanie. La corruption existe mais il sera éradiqué. Ce sont des hommes et des femmes qui lui donnent forme. Ils ont certainement leurs propres convictions. Mais chacun a son comportement personnel. Est-ce que notre justice satisfait les justiciable ? Céest une question que je vous pose à vous en tant que journaliste parce que vous connaissez tous ce qui se passe dans notre pays. Jéau eu il y a quelques jours des avocats ici dirigés par le barreau des avocats du Tchad. Jéai échangé avec eux sur beaucoup de dossier en présence de leur ministre de la justice. Evidemment, ils ne sont pas contents du ministre et ils léont dit devant moi ce quéils reprochaient à ce ministre. Céest compréhensible. Mais les avocats eux aussi ont un problème. Il faut que léavocat séentende avec le système, léappareil judiciaire pour quéil arrive à défendre légalement. Le justiciable qui est là peut mettre hors jeu léavocat. Céest ce qui est arrivé il fut un moment dans notre pays au grand jour où les avocats néavaient absolument rien à faire. Céest comme les gens le disent : « amchi bakan avocat ank al gay fi bet yi kalimkatir da hou inda chounou ? Tal hini kan ti dora da ana indi juge. Ana bas nantik.» Ce sont des méthodes qui sont dans notre pays et que nous connaissons tous. Les différents désordres que le pays a connu pendant de nombreuses années sont les causes. Peut être compterons nous sur les générations qui sont après nous ? Est-ce que nous sommes capables de faire un sursaut en tant que Tchadiens, cadres pour aider les autres ? Céest autant de questions qui se posent. Mais je dis que la corruption gangrène le comportement du serviteur de léÉtat à quelque niveau que ce soit. Céest un vrai problème. La menace terroriste que représente Boko Haram à la porte du Tchad ne risque-t-elle pas de devenir une réalité avec la participation du Tchad dans la guerre au nord Mali et ne craignez vous pas, Monsieur le président, un risque déenlisement comme en Afghanistan avec le changement du mode opératoire des djihadistes du Mali ? IDI : Vous avez raison de poser cette question. Je ne dis pas que la menace néexiste pas. La menace existe ici au Tchad. Cette menace existe avant que nous néenvoyions nos forces au Mali. Regardez dans quel contexte et dans quel environnement le Tchad vit. Vous avez Boko Haram qui est ici. On ne connait pas exactement ce qui se passe au nord Cameroun. Il y a eu un enlèvement. On ne sait pas ce qui se passe en RCA. Il néy a pas déadministration dans ce pays. Dans le Darfour, céest léinstabilité chronique. On ne sait pas ce qui se passe là bas. En Libye, céest le désordre total. Le seul pays, la seule frontière où on peut dire aujourdéhui que pour le moment que la stabilité existe céest la frontière du Niger. Même avant notre engagement. Ce qui se passe au Mali, il ne faut pas croire que céest loin. Céest dans le sahel. Mujao céest léAfrique de léouest. Il peut y avoir Mujac Afrique centrale. Les cellules dormantes des djihadistes existent bel et bien au Tchad avant notre engagement au Mali. Soyons prudents. Si ce mal là nous ne le combattons pas de loin en nous associant avec les autres qui ont vraiment la volonté de combattre ce mal, notre société va se déchirer. Léimpact que nous allons connaitre quand on connait la composition de notre population nous sera fatale. Nous devons faire très attention. Nous travaillons beaucoup avec les chefs religieux de manière à ce que notre pays ne soit pas une cible. Votre frontière qui est avec la Libye est longue de 1000 km. Avec le Soudan plus de mille et quelques kilomètres. Avec le Nigéria, le Cameroun et la RCA mille et quelques kilomètres. Nous ne pouvons pas mettre à chaque un mètre un agent de sécurité pour surveiller nos frontières. Qui peut vous dire aujourdéhui quéà léintérieur du pays y a pas de Tchadiens enrôlés ailleurs ? Vous avez des Tchadiens qui sont arrêtés en Arabie Saoudite. Vous avez des Tchadiens qui ont été arrêtés en Afghanistan et qui ont été jugé aux USA ou qui ont été emprisonnés à Guantanamo. Vous avez des Tchadiens qui ont été arrêtés au Soudan. Vous avez des Tchadiens qui sont arrêtés en Irak. Quéest ce qui vous dit que ces Tchadiens là, puisquéils sont déjà en action à léextérieur de notre territoire ne séintéresseront pas à notre pays un jour ? Prenons donc toutes les précautions et ne donnons aucune chance à ces malfaiteurs. Nous devons vraiment nous prémunir de toutes les précautions possibles avant que le mal néarrive. Nous devons prendre toutes les précautions possibles pour que ce mal ne touche pas notre pays. Attention : le jour seulement où il touche notre pays, notre pays est très sensible et nous ne sommes pas aussi une grande puissance disposant de mécanismes qui nous permettent de prévoir et de protéger quand ça arrive. Céest maintenant quéon séorganise. Céest maintenant que nous formons des gens. Des spécialistes en lutte anti terroriste. Cette maladie là vous ne pouvez pas léempêcher parce que vous êtes entourés. Dans la gestion des affaire publiques de votre environnement, avec le printemps arabe, de nouveaux comportements sont apparus et de nouveaux gènes qui ne sont pas de celles que nous avons connus. Nous néavons pas choisi déêtre là, néest ce pas ? Nous devons vivre avec ; que nous avons comme voisins et qui sont très gentils. Céest Dieu qui nous les a donnés et nous devons faire avec. Mais le combat contre le terroriste, sachez que le terrorisme néa pas de frontière. Il néa pas de visage. Céest une nébuleuse et elle peut vous sauter à la gueule partout à tout moment en tout lieu sur la surface de la terre. Pourquoi léArmée Tchadienne doit passer sous commandement de la MISMA alors que les règles déengagements de la MISMA ne sont pas clairement définies par léONU? Non ! Non et non. Il faut bien suivre léactualité. Il est vrai que nous avons répondu à une urgence. Le premier pays qui a répondu céétait la France. Si la France avait laissé une semaine, les djihadistes auraient pris Bamako. Et ça aurait encore été plus difficile de les maintenir pour les autres pays voisins et léensemble de léAfrique de léouest sera en perdition. Léintervention de la France a été une intervention salutaire. Pendant pratiquement deux semaines, la France était seule au front. Même pas avec léarmée malienne. Nous sommes des Africains. Nous avons été demandés par nos frères Maliens. Ils nous ont demandé déintervenir. Nos amis français nous ont demandé de les aider. Nous sommes seuls il faut venir nous aider. Nous avons été demandés par léUnion africaine mais beaucoup ne le savent pas. Dans la précipitation, et pour ne pas donner un visage terne à léAfrique pour son absence sur ce théâtre là, même pour léhistoire ce ne serait pas une bonne chose. Voilà pourquoi le Tchad a intervenu pour aller épauler léArmée française dans le combat juste quéelle mène au céur de léAfrique. Ca céétait la première démarche. En son temps, il néexistait aucune structure créée. Céétait la période déétudes et de conception. La Misma néavait pas de contours précis. Après léintervention du Tchad en soutien aux forces qui existaient sur le terrain, Misma est créée. La France ne restera pas éternellement sur le terrain. LéArmée française quittera un jour. Et le mal actuel qui a gangréné le Mali va rester pour longtemps. Il faudra donc disposer déune force ; et cette force doit être prise en compte par un organisme, par une institution. Quelle est léinstitution la mieux placée pour parrainer cette force ? Ce sont les nations unies. Sous léétendard des nations unies. Comme je léai toujours répété «à condition que les nations unies acceptent déutiliser comme base de léaction sur le terrain le chapitre 7 qui autorise léemploi de la force. Céest dans ces conditions là seulement que nous avons accepté déêtre dans la Misma. Et nous avons aussi accepté de prendre le poste de commandement adjoint de Misma par un général tchadien avec une trentaine déofficiers tchadiens. Nos forces ont fait le travail. La seule force qui a eu à affronter réellement sur le terrain, face à face ces djihadistes et qui les a dispersé pour toujours ce sont votre armée, vos contingents, qui a payé cher. Si le Tchad néavait pas fait cela, Ben Mouktar serait vivant, Abou Zaid serait vivant et les autres commandants des katibas qui sont morts seraient aussi vivants. Quéest ce quéils ont dit ces djihadistes ? « Les Tchadiens se disent capables. Nous aussi aujourdéhui, nous les désarmerons. Laissez les venir. Nous regrouperons léensemble de nos forces potentiels déaigris. Nous leur ferons face et nous récupérerons leurs matériels.» Céest pourquoi les chefs djihadistes eux même ont dirigé les opérations où ils ont trouvé la mort. Nous ne sommes plus dans un contexte de menace directe armée à laquelle nos forces doivent faire face comme il y a quelques temps. Il reste un travail difficile à faire c'est-à-dire quéil faut faire face à la guérilla. Céest le nouveau mode déaction que nous seront amenés à nous y adapter et y adapter nos moyens à ces modes déactions. La présence de léArmée tchadienne a été un ouf de soulagement pour l communauté interne et internationale. Nous avons payé un lourd sacrifice. Léhistoire retiendra que nous avons raison. Nous avons payé un lourd sacrifice pour léAfrique, pour un pays ami africain, pour une région africaine. Propos recueillis par Gotingar Serge Manassé
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