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jeudi 26 juin 2014

Président

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DISCOURS DE SON EXCELLENCE, MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE SUR L’AGRICULTURE ET LA SECURITE ALIMENTAIRE (Malabo le 26 Juin 2014)

Monsieur le Président, sommet de l’Union africaine au Tchad en 2015, bonne gouvernance, lutte contre la corruption, impunité zéro. Vous avez abordé tous ces points lors de votre discours (le 20 décembre 2013). Parallèlement à ces points, ces 12 derniers mois, il y a eu plusieurs remaniements. Pensez-vous que votre message ait été entendu ? Mesdames, Messieurs les journalistes, merci de me permettre de me donner à cet exercice. Parler du sommet de l’Union Africaine ? Evidemment, le Tchad, pour la première fois dans son histoire, a décidé d’accueillir ce sommet à N’Djaména. Les préparatifs sont très avancés et nous avons bon espoir que le sommet se tiendra dans le délai et dans les meilleures conditions possibles. La ville de N’Djaména trouvera un cadre idéal pour que les dirigeants de l’Afrique se retrouvent pour discuter de leurs problèmes. Parlant de mon discours, c’est vraiment mon habitude. J’ai l’habitude de dire publiquement ma vérité. Je ne passe pas par quatre chemins. Il faut reconnaitre qu’il y a évidemment un mal dans ce pays, à savoir la corruption, la concussion, les détournements. C’est la conséquence des différents conflits que le pays a connus : des conflits armés depuis 1963. Nous aspirons maintenant à la paix et à la stabilité depuis 2008. Le chemin, certes, a été long et difficile, mais nous sommes arrivés au bout du tunnel. En ce qui concerne la paix, l’unité nationale et la cohabitation pacifique dans notre pays, il ne faut pas oublier que les gens considèrent le Tchad comme un pays qui a connu une période d’instabilité. Vous avez été témoins de tout ce que nous avons connu. Le moment est venu, avec la paix et la stabilité retrouvées, que la gestion du pays soit maintenant la plus transparente possible et que la moralisation de la vie publique du pays soit de rigueur au niveau de notre action et de l’action du gouvernement. Ce sont des habitudes que les Tchadiens ont prises dans les désordres des différentes tendances politico-militaires, des différents partis politiques et des différentes guerres. Il faut aussi reconnaître que des guerres confessionnelles ont failli diviser le pays de Toumai en deux. Dieu merci, cela appartient à l’histoire et les historiens vont écrire, de leur manière, ce qui s’est passé dans ce pays. J’ai hérité d’une situation assez complexe, mais j’ai eu foi en mon pays et j’ai combattu une dictature implacable, parce que je crois aux valeurs de la démocratie. Celui qui croit aux valeurs de la démocratie, croit aussi à la bonne gestion, à la bonne gouvernance, qui sont des valeurs. D’ailleurs, c’est pour cela que le Tchad est aujourd’hui membre du Mécanisme africain sur des questions de gestion et de bonne gouvernance politique, économique et sociale. Nous nous donnerons à cet exercice au courant de 2014, en juin plus précisément. Le dossier du Tchad va être sur la table des Chefs d’État qui vont examiner et apporter tous les amendements possibles, pour nous permettre d’améliorer notre manière de gérer. Le peu de ressources dont nous disposons doit être géré dans la transparence. D’ailleurs, j’ai créé une structure dans ce pays n’existe nulle part ailleurs. C’est un mécanisme, une institution qui surveille la gestion des ressources pétrolières. Ce comité est composé de différents cadres, issus des partis politiques, de la société civile, de l’Assemblée Nationale, de la Cour suprême et des régies financières. Ils déposent, chaque trimestre, leur rapport pour permettre aux Tchadiens d’être informés et de déceler ce qui ne va pas. Seulement, le problème de détournements ne se trouve pas à ce niveau. Il se trouve au niveau de la gestion des différentes ressources. Cela existe et c’est un mal. J’ai décidé de combattre ce mal. Maintenant que la paix est revenue et que la stabilité est là, nous devons nous tourner définitivement vers le développement du pays, vers la lutte contre la pauvreté, vers la lutte contre les maladies. Donc, il ne peut y avoir, quelle que soit la situation, quelle que soit la personne à qui nous pouvons reprocher une mauvaise gestion, il ne peut y avoir de pardon. C’est pourquoi, nous avons parlé de « tolérance zéro » à tous ceux qui se permettraient de mal gérer le peu de ressources dont dispose le Tchad. Je le dis vraiment en toute sincérité. J’ai créé le ministère de l’Assainissement public, en plus des institutions qui existent. Il va être très actif et doté de moyens énormes pour lui permettre d’avoir l’œil sur l’ensemble du terrible, depuis le dernier village jusqu’à N’Djaména. Je suis conscient que c’est une difficulté et que cela ne sera pas facile. Mais j’ai foi en moi-même, en mes collaborateurs et en mes compatriotes. C’est un combat que nous allons gagner. Nous sommes faits pour gagner et pas pour perdre. Monsieur le Président, qu’est ce qui est fait pour que le Tchadien lamda puisse bénéficier d’un habitat décent d’ici à 2015 ? Vous auriez dû prendre, d’abord, connaissance du Programme National de Développement (PND) rendu public dans le courant de 2013. La cimenterie de Baoré, quelle est sa capacité ? Ce n’est pas grand-chose. C’est 200.000 tonnes/an. Comme je l’ai dit hier (20 décembre 2013), le Tchad est un chantier ouvert. Vous avez besoin d’un minimum pour permettre au Tchad d’être autonome. Il faut au moins un million de tonnes de ciment/an. Les produits que nous importons du Nigéria et du Cameroun, voire des autres pays comme l’Egypte, ne peuvent pas résoudre nos problèmes. Nous avons organisé en 2009 un concours pour réunir un ensemble de bureaux d’architectes tchadiens pour nous proposer des formules moins chères pour permettre au gouvernement de lancer de grands projets de construction d’habitats appropriés. Je vous dis que cela constitue une des priorités de mes actions. Je crois pouvoir, avant la fin de mon mandat, commencer les premiers chantiers de l’habitat. Je ne dirai pas que j’ai des ressources illimitées et que je peux satisfaire toutes les demandes. Vous avez vu des cases rondes, ici, à Bongor. Dans quelle situation les Bongorois vivent ? Tout cela demande un changement, des investissements énormes. L’ensemble des régions doivent être touchées. Il y aura, donc, un début. Ce sera avant la fin de mon mandat pour le commencement des travaux de construction des habitats, afin de permettre aux Tchadiens d’avoir un habitat au moins décent par rapport à ce que nous avons aujourd’hui. En ce qui concerne la cimenterie de Baoré, je vous annonce que nous avons lancé une deuxième cimenterie pour permettre de porter, au moins, notre production à 800.000 tonnes. Vous me direz que ce n’est pas toujours suffisant, mais nous faisons avec ce que nous avons. La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a ! Monsieur le Président, le Tchad a été élu, il n’y a pas longtemps, membre non permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Sous quel signe placeriez-vous ce mandat ? Pensez-vous que la clé de la paix en République Centrafricaine est détenue par le Tchad ? La candidature du Tchad au Conseil de Sécurité a été sponsorisée par l’Union Africaine. Je crois que nous sommes à une époque où nous devrions privilégier ce genre de situation. Au lieu d’avoir un projet propre à soi ou à son pays, il faut un travail collégial, dans le cadre du continent. Et dans ce cas, nous devrions faire en sorte que le continent retrouve la paix et la sécurité. Notre continent est aujourd’hui complétement déchiré et dénaturé. Vous voyez ce qui se passe ailleurs et vous savez aussi ce qui se passe en Afrique. Vous parlez de la RCA, mais il faut aussi parler du Soudan du Sud qui vient d’exploser. La question du Darfour qui date de 2003 n’a pas trouvé une solution. La Libye vient d’éclater et on ne sait rien de l’avenir de l’Egypte, comment les choses vont s’y dérouler ? La question du Mali n’est pas terminée. Les Boko Haram sont au Nigéria. La RDC n’a pas fini avec la rébellion du M23. Donc tout ça, ce sont des conflits. Il y a eu un ensemble d’efforts de l’Afrique vers le progrès économique et social. Notre combat doit être un combat d’ensemble. Nous devons, en tant que membre non permanent du Conseil de Sécurité, apporter notre contribution, d’abord pour la paix et la stabilité en Afrique et dans le monde. Il n’y a pas un agenda du Tchad. L’agenda est africain. Vous avez reçu, ici à Bongor (le 20 décembre après-midi), un diplomate américain qui a, auparavant, fait un déplacement en République Centrafricaine. Quelle est aujourd’hui la situation qui prévaut sur le terrain ? La situation n’est pas bonne. Je profite de votre antenne pour dire à mes frères et sœurs Centrafricains qu’ils sont dans une situation extrêmement grave. Le désordre qui s’est installé en République Centrafricaine est en train de tourner vers une confrontation confessionnelle. Evidemment, dans ce cadre-là, les unités tchadiennes qui sont envoyées dans le cadre de la CEEAC et aujourd’hui de l’Union Africaine, sont souvent prises à partie, à tort d’ailleurs, par les éléments Anti-balaka. Ils considèrent les soldats tchadiens comme des musulmans qui sont venus soutenir des musulmans en République Centrafricaine, alors que notre présence dans ce pays date de 1994, date à laquelle il y a eu la première mutinerie. Nous venons de perdre un soldat il y a deux jours. C’est le 18ème soldat que nous avons perdu là-bas. Je dis à mes frères et sœurs Centrafricains que la contribution du Tchad est essentielle pour qu’ils arrivent à s’entendre et ramener la paix, la cohésion et recréer un nouvel État centrafricain, viable et durable. C’est pour cela qu’ils n’ont aucune raison de s’en prendre aux unités tchadiennes qui sont parties en mission, simplement pour les aider à sortir de cette situation. Les éléments tchadiens constituent un régiment de 850 hommes, et en leur sein, il y a des musulmans, des chrétiens et certains qui n’ont pas de religion. Comment pourrait-on comprendre que, dans une telle constitution, une armée puisse prendre soutenir une partie contre une autre ? Nous sommes un pays laïc et nous avons vécu ce qu’ils sont en train de vivre. Notre exemple de 1979 devrait servir de leçon à nos frères Centrafricains, afin qu’ils n’aillent pas loin dans la confrontation. Il faut qu’ils cherchent des voies et moyens politiques pour asseoir la stabilité et l’entente entre Centrafricains. On parle de plus de mille morts. C’est trop ! Que les Centrafricains sachent que le président intérimaire, Michel Djotodia, est rentré à Bangui avec des mercenaires soudanais et tchadiens. Il ne faut pas que les Centrafricains, dans leur vision, confondent l’armée tchadienne aux mercenaires tchadiens qui ont accompagné Michel Djotodia dans sa prise de pouvoir. Il y a une différence qu’ils doivent faire et travailler pour créer une confiance avec l’unité tchadienne. C’est l’une des opérations opérationnelles dans le cadre de l’Union Africaine. Donc il ne sert à rien de s’en prendre aux Tchadiens. Ici au Tchad, d’importantes communautés centrafricaines vivent à Moundou, Sarh et un quartier entier de N’Djaména ne renferme qu’essentiellement des Centrafricains. Ils n’ont jamais été inquiétés. Personne ne les a pris en mal. Ils vivent comme des citoyens tchadiens. Donc, le contexte actuel et de la manière dont les choses tournent, mais aussi et surtout de la manière dont certains médias présentent la situation, il y a un risque de mettre le feu aux poudres. S’agissant des religions, il faut éviter d’ajouter d’envenimer la situation. C’est ce qui est en train de se faire. Il faut être impartial, dans votre travail, en tant que média. Car nous n’avons pas besoin de division chez nous. C’est pour la première fois que la République Centrafricaine, indépendante depuis 1960, connaît aujourd’hui une guerre inter confessionnelle. J’en appelle à tous les responsables des confessions religieuses centrafricaines, aux hommes politiques centrafricains de prendre leur responsabilité pour qu’ils arrêtent ce sang inutile qui coule entre les musulmans et les chrétiens qui ont vécu ensemble depuis des décennies. Je dirai que nous aiderons davantage la RCA, en gardant nos sentiments personnels ou propres, et en privilégiant l’intérêt de la République Centrafricaine pour faire renaître un pays uni dans sa diversité. Vous avez déclaré vouloir faire émerger le Tchad à l’horizon 2025. De quelle manière les journalistes peuvent-ils participer à l’émergence du Tchad ? Ce n’est pas aujourd’hui que les journalistes constituent un pouvoir à part entière. Vous êtes le quatrième pouvoir et ce n’est pas moi qui le dit. En tant que fils du pays, vous devez contribuer à l’émergence du pays. Cessez de prendre parti. Traitez les informations avec objectivité. Monsieur le Président, il y a quelques années, des porcs ont été abattus dans le cadre de la lutte contre la peste porcine, à Bongor. Les propriétaires de ces animaux attendent toujours d’être indemnisés. Quand ces éleveurs entreront-ils dans leur droit ? C’est ici, à Bongor, que j’ai appris cette nouvelle. Personne ne m’a dit, auparavant, qu’il y avait des propriétaires de porcs qui attendent d’être indemnisés. Je prends l’engagement de régler ce problème. Mais attention ! Nous allons revoir la liste des bénéficiaires. Vous savez tous qu’au Tchad, les musulmans n’élèvent pas de porcs. Mais il se trouve que leurs noms figurent sur cette liste. Ce qui n’est pas normal.

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